Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /Jan /2009 17:12

Ah ! les perruques. Voilà un des mots clés employés dans la profession !

  • T'as fait ma perruque ?…
  • Je me dépêche, j'ai de la perruque…
  • Mais c'est de la perruque !…
  • T'aurais pas un bout de ferraille pour ma perruque ?…

En fait, la perruque, c'est toute la bricole qui est effectuée pour notre compte personnel pendant le temps de travail, avec les matériaux et le matériel de la société. Bien sur, tout cela se fait en semi cachette car c'est en principe interdit. Je dis en principe, car en réalité la perruque a toujours été une institution bien établie, tolérée ou non et dont la direction et les chefs eux mêmes profitaient. Cela va de la petite vis dont on a besoin à la maison jusqu'à des réalisations complexes, nécessitant l'intervention de plusieurs corps de métier… Certaines perruques compliquées pouvaient durer plusieurs mois parce qu'on ne pouvait passer ses journées entières dessus ( encore que…) sans se faire remarquer; il fallait donc s'y mettre lorsqu'on réussissait à prendre de l'avance sur son travail "officiel", voire quitte parfois à se mettre en retard.

De mémoire, il a été réalisé en perruque : des clés, aussi bien d'outillage que de portes, des plaques d'appartement, des plaques d'immatriculation de voitures avec les chiffres et les lettres entièrement faits à la main, un nombre incalculable d'outils spéciaux, la réfection de moteurs de mobylettes ou de motos, des pistolets, des carabines, des maquettes, des pots d'échappement, des barbecues, des châssis de kart et des milliers d'autres réalisations dont parfois seul l'intéressé comprenait la destination et l'usage !

Il y avait des conditions pour aboutir à la réalisation d'une perruque. Déjà, il valait mieux être en bons termes avec les compagnons de certains services ( et même les chefs ) pour obtenir le service désiré : untel qui avait refusé un jour une perruque à un gars n'avait pas intérêt à aller ensuite lui quémander un coup de main ! Généralement, une perruque moyenne commençait par la " Tôlerie ", où il était possible se procurer tout ce qui était au format " tôle ", ensuite " la Ferraille " ou on se faisait débiter si nécessaire des morceaux d'acier, puis les services d'usinage comme le " Tour ", le " Fraisage ", la " Rectification ", le " Perçage ", et souvent, pour finir, le " Cadmiage " où l'on pouvait faire peindre, dorer ou protéger par un revêtement adapté sa réalisation…Je n'oublie pas la " Forge " où travailla mon père jusqu'en 1967. Là, il était possible de faire réaliser à peu près tout ce qui était burins, marteaux, tournevis, clés spéciales et autres fers tordus. Je ne peux évaluer le nombre phénoménal de clés à pipe que mon père a exécuté en échange d'un paquet de gris mais je possède encore aujourd'hui pas mal de ces outils tarabiscotés mais bien pratiques et inusables.

La perruque, c'était en quelque sorte l'activité annexe de chacun, une sorte de marché noir.

Mais il ne faut pas croire que nous faisions cela pour une rémunération occulte, ni que nous passions notre temps à cela : la perruque résultait souvent d'un besoin personnel ( ou pour un ami, voire même pour un chef ou un directeur ) et n'allait pas plus loin. Elle n'a, à ma connaissance, jamais rapporté un centime à quiconque, en tout cas pas à moi. La chose qui était courante, c'était de remercier ceux qui vous avaient aidé à réaliser votre perruque par un don qui allait, selon l'importance, d'un paquet de cigarettes à une bouteille de pastis, mais jamais d'argent. Et puis, même si la perruque était virtuellement interdite, on ne risquait pas grand chose, pour la bonne et unique raison que tout le monde en profitait, même la direction. Il n'était pas rare qu'un chef vienne demander un petit service ; le chef du personnel lui même n'hésitait pas à faire réaliser les bricoles qu'il aurait eu pour trois fois rien dans le commerce ! D'ailleurs, s'il s'agissait d'une perruque " nécessaire " ( et surtout voyante ! ), il suffisait de demander l'autorisation en ayant l'air de fayoter. Ainsi, nombre de culasses de voitures, éléments quand même lourds et voyants, sont passées sur la table de fraiseuses pour être remises en état avec l'autorisation de la hiérarchie.

Aujourd'hui, la perruque existe encore, mais sans rapport avec ce qu'elle fut car maintenant les machines sont programmées pour un travail précis et les temps accordés ne permettent plus beaucoup de grignotage.

Et puis, les mentalités ont changé: les patrons d'aujourd'hui, n'ayant plus que la rentabilité comme objectif.

De plus, on trouve maintenant dans le commerce à peu près tout ce dont on a besoin.

Néanmoins, rien ne peut remplacer le plaisir que l'on éprouve d'avoir réalisé soi même un objet, fut il le plus anodin.

Je me souviens avoir notamment modifié ma première mobylette… j'avais supprimé les pédales, façonné des repose-pied à la place, et fabriqué un véritable frein à pied très efficace.

En septembre 1965, je commençais donc ma vraie vie d'ouvrier fraiseur P1 avec un salaire de 4,02 francs ( nouveaux ) de l'heure.

J'avais déjà des idées bien arrêtées en ce qui concernait l'utilité du syndicat. Mon père était syndiqué CGT de longue date et du plus loin que je me souvienne je l'ai toujours vu revenir, chaque semaine, avec la Vie Ouvrière, le journal de la CGT. Entraient aussi, à la maison, l'Humanité Dimanche voire l'Humanité tout court. J'étais donc déjà dans un milieu propice, sans compter mon oncle Alexandre, frère de mon père, résistant de haute volée, conseiller municipal communiste, premier adjoint, de Portes lés Valence, dans la Drôme, pendant de nombreuses années et qui était un peu notre fierté.

C'est donc tout naturellement que ma sympathie et mon tempérament de râleur m'amenèrent à adhérer à la CGT. Il faut dire qu'à cette époque la CGT était souvent le seul syndicat représenté dans les entreprises ou tout au moins le syndicat largement majoritaire. Chez Alkan c'était simple : il n'y avait que la CGT de présente. Aux élections professionnelles, c'était presque du 100 % à tous les coups.

J'avais donc adhéré vers la fin de mon apprentissage, mon copain Alain itou. A ce moment le syndicat n'était pas très structuré et autant que je me souvienne c'était un peu la pétaudière. Il y avait des délégués du personnel d'une part et des membres du comité d'entreprise d'autre part. Les listes de candidats étaient présentées par la CGT mais tous n'étaient pas syndiqués…Le local syndical exigu servait a tous les élus, personnel ou CE. Il n'était pas rare d'y trouver certains représentants du personnel occupés à cuver leur vin plutôt qu'à élaborer des revendications. Heureusement, ce mauvais climat cessa rapidement après que Gaston, délégué du personnel, eut tapé très fort sur la table…

Gaston, c'est une de ces figures qui font l'histoire et les consciences, pas en paradant dans les réunions avec de grandes déclarations sans lendemain mais en prouvant chaque jour sa fidélité aux idées qu'il défendait. Pour mon bonheur, je connus plusieurs de ces personnalités que les médias ignorent mais qu'heureusement les consciences n'oublient pas.

Gaston était Tourneur, l'équivalent de Fraiseur dans une autre gamme de machine outil. Dès mon entrée en apprentissage je l'avais remarqué car il était le fer de lance de toutes les actions. Si mes souvenirs ne me trahissent pas, j'ai du faire mon premier débrayage lors de ma deuxième semaine d'apprenti. Il y avait eu un accident de mine dans les houillères du nord ( ou une manif durement réprimée )et pour protester un débrayage avait été décidé. Moi j'étais d'accord mais je n'en menais pas large, pensez, j'avais pas seize ans. Alors Gaston, qui faisait son tour pour mobiliser les troupes est venu me voir. Voyant mes craintes, il me rassura :

  • Ne t'en fais pas, je règle ça avec ton chef.

Et effectivement, peu de temps après, il revient me voir et me confirme que je peut faire grève sans aucune crainte. En fait, il était allé voir mon chef et lui avait simplement dit :

  • l'arpète débraye, qu'il n'ait pas d'ennui…

Depuis Gaston était devenu ma référence. Il faut dire qu'il avait du mérite car il payait quand même très cher son engagement et qu'il le paya jusqu'à son départ en pré-retraite-licenciement. Les rallonges individuelles lui furent toujours refusées alors qu'elles étaient injustement accordées à des lèche-culs sans aucune qualité professionnelle. Cela, je sais bien que c'est le lot de tous ceux qui dérangent, mais je n'ai jamais pu l'accepter et je suis toujours en colère quand j'apprends que telle ou telle distinction a été remise en grande pompe à tel individu qui n'a parfois pour seul mérite qu'un filet de voix ou la chance d'avoir un bon coup de pied footbalistique alors que des milliers de gens se décarcassent toute leur vie dans l'anonymat pour essayer d'améliorer la vie de leurs compatriotes…

Gaston était reconnu par tous comme un défenseur de la classe ouvrière. Il avait un caractère qui lui permettait d'entendre les pires conneries sans se démonter et de garder son calme devant les provocateurs. Moi je bouillais, souvent, de le voir écouter stoïquement les jérémiades hypocrites des " jaunes ", farouches anti cégétistes, la plupart par lâcheté, qui venaient pleurer dans son giron dès qu'ils avaient un ennui. Mais le résultat était quand même que Gaston était respecté par tous et qu'il était celui qui obtenait toujours le plus de voix aux élections !

Mai 1968 est arrivé sans que je me rende bien compte de ce qui se passait. Nous avons fait dans les trois semaines de grève et obtenu peu de choses, à mon avis.

Il faut dire que pendant le conflit la direction avait réussi à convaincre les cadres de créer leur propre syndicat afin de court circuiter la CGT et que la manœuvre avait réussie : un syndicat C.G.C. apparut subitement après une réunion secrète entre la direction et des cadres zélés.

Il faut dire que le PDG de l'époque, Lensel, avait subi un affront, un matin, au piquet de grève.

Excédé par ces " révolutionnaires " qui lui empêchaient l'entrée de son usine, il avait cru pouvoir briser la grève en demandant à ceux qui souhaitaient reprendre le travail de se mettre à sa droite: ce fut un fiasco, même ceux qui auraient bien changé de bord ne le firent pas, ne voulant pas se montrer ainsi sans savoir comment les événements allaient évoluer…

Je n'ai bizarrement pas de souvenirs marquants de cet épisode pourtant important. Certes, j'occupais l'usine et je faisais même partie du comité de grève qui existait dans tout établissement en lutte. Mais j'avais à concilier avec des préoccupations beaucoup plus importantes : les copines. Alors, je ne vais pas entrer dans les détails mais pour moi, mai 68, ce fut avant tout du bon temps( et du beau temps aussi ).

Les copines habitaient à deux pas de l'usine. Régulièrement, on me faisait chercher parce qu'une demoiselle me demandait à la loge. Mais raconter ces souvenirs ne serviraient qu'à flatter mon orgueil et la vie n'a pas été toujours aussi plaisante.

Les journées et les nuits de grève et d'occupation se passaient à jouer aux cartes, aux boules ou au ballon, voire à chercher des pompes à essence alimentées car le carburant manquait…

Une seule fois, nous fûmes sur le pied de guerre : le dénommé Fournier,( alias Balzac, alias Bigounet ), nous avait affirmé qu'il avait des tuyaux comme quoi les CRS allaient reconquérir l'usine à la nuit venue ! Les manches de pioches sortirent en prévision mais nous ne vîmes pas l'ombre d'un casque durant toute la grève, bien trop occupés qu'ils étaient ailleurs, et heureusement pour nous !

A l'époque, j'avais ma voiture depuis moins d'un an et je ne me sentais plus. Pensez donc, une Simca 1000 achetée neuve, couleur vert Vélasquez à laquelle j'avais adjoint deux larges bandes jaunes…

Les circonstances de l'achat de ce véhicule sont assez révélatrices des relations que j'entretenais avec mon père. Le 28 décembre 1964, soit moins de deux mois après mes 18 ans, j'obtins du premier coup mon permis de conduire.

 

Il y a des moments dans la vie où certaines choses vous sourient.

J'avais pris une vingtaine de cours de conduite avant de passer l'examen mais je ne me faisais aucune illusion car j'avais le plus grand mal à maîtriser le véhicule, sentir et utiliser les pédales. Ceci étant, le moniteur avait prévenu tout le monde :

  • Vous avez intérêt à connaître le code si vous voulez plaire à l'inspecteur!

Moi, j'avais mis ça dans mon sac et, effectivement, j'avais potassé à fond mais sans trop de difficultés ce code alors que mes copains survolaient d'un œil insuffisant les règles du dépassement et autres panneaux vicieux. Arrive le jour de l'examen, le 28 décembre 1964. Il a énormément neigé la veille, le gel s'est mis par dessus et on voit à peine les bordures de trottoirs.

On se dit bon, tout va être annulé.

Tintin, l'inspecteur est là !

Nous étions huit, je crois. Je passe au milieu; un de mes copains a déjà été recalé ainsi que les précédents. Je suis gelé à attendre les pieds dans la neige avec mes petites chaussures. C'est mon tour. Je monte dans la voiture. Bonjour Monsieur l'inspecteur. De suite, j'effectue tous les réglages et vérifications : siège, rétros, frein à main etc., ( à l'époque on ne connaissait pas la ceinture ) On commence par le code, dans la voiture, c'était ainsi dans ces années là. Contrairement aux rumeurs il n'y a pas de questions vachardes, tout se rapporte bien aux règles que je connais par cœur.

  • Bien, vous allez démarrer.
  • Mais Monsieur, il faut que je vous dise, je ne sens plus mes pieds tellement j'ai froid, j'ai peur de ne pouvoir conduire…
  • Essayez quand même !

Contact. Moteur. Je refais toute la check liste, débraie, passe la première, lâche l'embrayage du plus doucement que je peux et…cale lamentablement.

  • Bon, je vous l'avais dit, je ne sens plus mes pieds !
  • Ne vous énervez pas, redémarrez.

Deuxième départ: réussi, je me dis " il s'amuse, il sait déjà qu'il ne me le donnera pas " mais j'arrive à décoller la voiture et j'effectue le parcours demandé avec toute la finesse et la prudence requises par mes pieds gelés et la route impraticable. Je crois que je ne passais pas la troisième et ne du jamais dépasser les 15 kilomètres heures vu les conditions… A un moment, l'inspecteur me demande de tourner à gauche; j'exécute avec toutes les précautions nécessaires mais il me demande:

  • Vous me rappelez les règles pour virer à gauche …?

Je les lui récite sans problème.

  • Et vous êtes sur de vous être bien mis sur l'axe de gauche de votre voie ?
  • Ben…oui, autant que possible .( En réalité j'ai oublié cette procédure ).

Nous revenons au point de départ. Je suis déjà prêt à quitter la voiture.

  • Bon, vous me faites un créneau.

Je suis abattu, il se moque de moi car je n'ignore pas qu'il a déjà assez de motifs pour me recaler. Et aucun des candidats précédents n'a fait cette manœuvre !

  • Mais je ne vois pas le trottoir avec la neige ! ( ce qui était vrai ). Et il n'y a pas de voiture de garée pour me repérer! ( ce qui était encore vrai ).
  • Eh bien, faites comme si vous les voyiez…

J'exécute la manœuvre, qui n'était déjà pas mon fort, en fixant l'allumette repère complaisamment incrustée dans la lunette arrière. L'inspecteur ouvre sa portière.

  • Un peu loin, non ? Recommencez.

Ma parole, ce type veut me ridiculiser devant tout le monde ! Je recommence. Il n'ouvre pas sa portière, sort un papier rose qu'il commence à remplir. Je sais ce que cela signifie, mais je ne peux le croire.

  • Vous me donnez mon permis ?
  • Oui.

Je suis sidéré et fou de joie. Je serais le seul à obtenir le permis ce jour là. Chaque fois que je repense à cet épisode, je me demande ce qui a vraiment poussé l'inspecteur à m'accorder tant de chances. D'après le moniteur, le fait que je connaisse par cœur mon code l'avait impressionné.

S'il m'interrogeait aujourd'hui !…

L'obtention du permis signifiait pour les jeunes l'achat imminent d'un véhicule d'occasion. N'oublions pas qu'à l'époque il était courant de travailler dès quatorze ans et donc d'avoir quelques moyens.

Et moi, j'avais eu la chance d'échapper aux 16 mois de service militaire de l'époque, ce qui m'avait permis d'économiser autant de salaire pendant que mes copains se faisaient suer pour un paquet de cigarettes.

C'était une de mes peurs, le service militaire; je ne me voyais pas dans ce milieu de lois et de règles strictes, moi qui avait déjà mal supporté la discipline pourtant ridicule du collège…

Mais j'eus la chance de tomber sur une " classe " déjà surchargée par les naissances d'après guerre. Je me souviens que le médecin qui m'examina y alla d'un " y' sont pas épais c't'année " et m'ajourna illico.

Ajourné, mais pas réformé.

Je repassais donc avec angoisse le fameux conseil de révision l'année suivante, et là, à mon grand bonheur, je fus définitivement " exempté " !

Je fis la fête et arrosais cette bonne nouvelle pendant qu'un de mes copains de la cité, dans la même situation que moi, pleurait à chaudes larmes d'avoir été refusé.

A l'époque, il paraît qu'on n'était pas un homme si l'on n'effectuait pas son service militaire, ce dont je me fichais comme d'une guigne…

Je savais que mon père était absolument rétrograde sur la question d'avoir une voiture. Il ne manquait jamais de rappeler qu'il avait acheté ( d'occasion ) son premier vélo à trente ans, qu'il n'avait lui même ni voiture ni permis, et qu'en conséquence prétendre à une voiture à dix huit ans relevait de l'inconscience…

Pendant un an, je ne parlais donc de rien, me traînant ridiculement en mobylette poussive pendant que les copains, ayant enfin obtenu leur permis, jouaient dans la cour des grands et voyaient les filles s'intéresser à eux…

Puis je fis une tentative qui se solda par une engueulade et un refus. J'eus droit à tous les plus mauvais arguments : j'étais trop jeune; c'était pour faire le con avec les copains et, soit disant, je ne serais jamais là si un jour on avait besoin de moi pour un service et plein d'autres raisons du même tonneau…

  • On verra ça l'année prochaine, fut la concession ultime que j'obtins.

Mais l'année prochaine arriva et ce fut le même raisonnement. Sauf que je venais de passer mes vingt ans et que je ne supportais plus cette injuste punition qui me bouffait ma jeunesse.

Alors, un jour du mois de juin 1967, à l'occasion de la foire-expo annuelle de Villeneuve Saint Georges, je pris la décision de passer en force.

J'allais être majeur dans quatre mois, mais c'était quatre mois de trop, insupportables.

Je me rendis donc au stand du concessionnaire Simca, lui expliquais ma situation et lui fis part de mon désir d'acheter une " Simca 1000 ", mais que mon père ne voulait pas. ( A l'époque, la majorité était à 21 ans )

Le vendeur ne se démonta pas.

  • Vous savez, si vous venez avec quelqu'un et que ce quelqu'un me dit qu'il est votre père je n'irais pas vérifier…

Et c'est ainsi qu'en toute illégalité, un de mes copains de l'époque, Daniel, à peine plus âgé que moi de quatre ans, signa pour mon père au bas du bon de commande !

Tout ceci est rigoureusement authentique et je suis encore aujourd'hui étonné de l'inconscience du vendeur, de celle de mon copain et de mon audace.

Car cette petite malversation aurait pu coûter cher en cas de pépin et mon père était même en droit de faire annuler la vente et faire condamner les deux individus pour faux en écriture.

Mais les choses se passèrent bien.

Une fois la commande passée, je prévins ma mère qu'il fallait qu'elle me remette mon livret de caisse d'épargne. ( A vingt ans et demi je n'en avais pas la libre disposition ! ). Je lui appris ma décision (en omettant l'épisode de la signature). Ma mère était désolée de tout cela et m'assura même que, justement, ils en avaient parlé récemment et que mon père avait envisagé de m'aider à acheter une voiture!

Sans doute était ce vrai mais il était un peu tard…

Il n'y eu pas d'engueulade avec mon père ( j'avais quand même précisé à ma mère qu'étant majeur dans quatre mois je n'entendais plus souffrir des diverses remarques et interdictions injustes et que j'étais prêt à quitter la maison. Cette précision fut, après quelques larmes de ma mère, salutaire… )

La Simca 1000 arriva rapidement; mon père trouva alors bien agréable que je vienne le chercher au jardin situé à deux kilomètres en haut d'une terrible côte pour lui descendre sans effort les fruits et légumes qu'il s'échinait à ramener sur son dos; mes parents apprécièrent aussi les déplacements sans fatigue pour aller visiter la famille ou faire les courses et moi je pus enfin m'émanciper et découvrir des horizons nouveaux…

Mais quelle galère!

                
                                                           A suivre: part 3

Par poilagratter - Publié dans : vécu
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