Mardi 29 juin 2010 2 29 /06 /Juin /2010 18:13



Elle, je suis arrivé à la conclusion que c'était quand même une feignasse.

Parce que tout ce qui demande un effort lui semble étranger.

Mon opinion s'est faite définitive après l'arrivée comme pensionnaire d'une dame de 43 ans, Nathalie.

Cette jeune dame a fait un AVC qui lui a laissé des séquelles.

Par exemple, elle est incapable de se souvenir des faits présents ou d'une consigne qu'on vient de lui donner, mais est par ailleurs à peu près normale sans ce handicap.

Néanmoins, il n'est plus possible qu'elle vive seule ( son mari l'a abandonnée ), et c'est pour cela qu'elle a été placée dans cette maison.

Son handicap fait surtout que sa volonté se trouve altérée, mais curieusement dans un sens positif, ce qui fait qu'on peut lui demander n'importe quoi, elle accepte toujours, et même avec plaisir.

Alors mes propriétaires ont tôt fait de voir tout le parti qu'ils pouvaient tirer d'un tel don du ciel.

Et Nathalie peux tu m'aider à faire ceci ? et ca te dérangerait pas de faire cela ? etc.…

Rapidement, Nathalie est devenue la bonne à tout faire.

Ainsi, c'est elle qui prépare plus de la moitié des repas, qui nettoie toute la merde semée par les enfants, qui passe trois heures par jours à récurer dans l'évier et ranger tout le fouillis laissé bien en évidence, qui va étendre le linge, puis qui repasse tout ( imaginez, le linge de neuf personnes ! ).

Nathalie qui passe l'aspirateur, nettoie à la serpillière les 70 m2 de carrelage que tout le monde re-salit immédiatement avec les pieds crados ou la bouffe étalée…

Et puis, si elle a encore un peu de temps, elle fait aussi les chambres des deux personnes âgées, voire les W-C et la salle d'eau…

Le matin, quand je sors pour aller faire mon tour, Nathalie est déjà devant l'évier à 10 heures alors que la femme n'est pas encore levée.

Si je reviens vers 11 heures, madame est enfin en train de prendre son petit déjeuner !

Avec le gamin dans les bras, évidemment, ce qui va l'embêter beaucoup pour faire quoi que ce soit…

Mais ca tombe bien.

J'ai bien essayé de discuter un peu avec Nathalie, et quand je la prend en tête à tête elle me dit qu'elle en a marre d'être prise pour une bonniche, mais dès qu'elle est devant eux elle n'a plus aucune volonté et se plie à toutes leurs exigences.

C'est triste, mais je n'ai pas le pouvoir d'intervenir dans ce scandale, n'étant que locataire.

Et vivre ensuite avec des gens auxquels on a dit leurs quatre vérités…

Enfin, c'est merveilleux, ils sont payés pour l'héberger et en plus elle leur sert de bonne !

Il faudrait prévenir les services sociaux, faire du foin, mais ca dépasse ma responsabilité.

Pour vous dire à quel point c'est, un jour de pleine chaleur que Nathalie s'échinait à laver par terre, madame était tout simplement en plein effort dans la piscine, et une autre fois pendant que la brave fille épluchait les légumes !

Aujourd'hui, à l'heure où j'écris, 11h15 exactement, madame n'est toujours pas levée.

Ce qui ne l'empêchera pas, dès que le repas de midi, pardon deux heures, sera terminé, d'aller faire sa sieste en laissant négligemment Nathalie débarrasser, récurer et nettoyer l'évier, toute la table jonchée de nourriture écrasée ainsi que par terre.

Et comme par magie, là, pour que madame se repose, il sera possible que les enfants soient calmes.

Pourtant, hier après midi, j'ai été surpris: elle était en train de passer l'éponge sur un W-C.

D'une main, avec le bébé dans l'autre…!

Tiens, encore un détour par les repas, j'avais oublié, la boite à fromages… tout un symbole.

Les fromages, ils ne supportent pas de les laisser dans leur emballage, ce qui serait sans doute bien plus hygiénique, alors ils ont une boite Tupperware.

Depuis deux ans et demi que je suis chez eux, la boite a un couvercle mal foutu qu'on ne peut pas remettre et qui donc ne tient pas.

Mais ca ne fait rien, immuablement, le couvercle est reposé sur la boite et, évidemment, dès qu'on veut la sortir du frigo le couvercle valse par terre, cela à chaque repas et idem quand on veut la remettre au frigo.

Vous, moi, n'importe qui de normal aurait depuis longtemps, soit viré le couvercle qui ne sert à rien qu'à agacer et traîner par terre, soit racheté tout simplement une nouvelle boite.

Eux non.

Et la présentation des fromages dans la boite est vraiment encourageante …

Un reste de fromage peut séjourner trois semaines dans la boite, desséché et même moisi.

Quand je peux, je fais discrètement une petite virée dans la boite pour le plus grand bonheur du clébard.

Sans parler que la boite, elle peut rester deux mois sans être nettoyée.

Evidemment, comme ils ont décidé que tout ce qui était lacté bovin était poison, on tourne au fromage de chèvre.

Si on aime ca passe.

Moi pas trop, ni la grand mère, ni Nathalie.

J'ai un peu fait comprendre qu'il serait quand même sympa qu'on nous achète des camemberts, alors on a droit au moins cher, du plâtre bien épais.

Pour les yaourts, ( interdits ) je me les achète moi même et les consomme chez moi, ce qui est quand même un peu fort quand on paie une pension.

Idem pour les fruits qui sont d'une rareté incompréhensible chez ces gens à la recherche de toutes les vitamines possibles ( ce qui prouve bien qu'ils ne sont pas clairs ni futés ).

Et quand il y en a, c'est des trucs déjà à moitié pourris dont évidemment personne ne veut.

Ca ne fait rien, ils peuvent rester comme ca un mois ou deux à se décomposer lentement et couler dans la corbeille.

Et elle trouve encore le moyen de lancer:

  • y'a des fruits, faudrait les finir…

Parfois, elle achète des avocats qui restent huit ou dix jours à traîner sur l'évier.

Vous savez ce que ca devient des avocats qu'on laisse ainsi, et bien on à droit aux avocats tout noirs à l'intérieur.

Le sommet ( mais on peut s'attendre à pire ) a été atteint avant hier midi: elle a servi un melon noir de moisi et coulant !

Un truc que même un SDF ne ramasserait pas.

Inutile de vous dire que j'ai fait l'impasse !

Eux se sont régalés.

Mais bon, le bio pourri, c'est sans doute plein de vitamines et je l'ignore.

Franchement, je n'arrive pas à déterminer s'ils sont radins ou abrutis, mais je penche sérieusement pour la deuxième hypothèse…

Si les enfants sont sales, on peut à la rigueur penser que ce ne sont que des enfants qui s'amélioreront un jour.

Mais quand on voit la mère, on en doute, ( et le père ne vaut guère mieux ).

Déjà, son habitude de marcher tout le temps pieds nus lui donne un aspect bobo/crado/écolo qui ne l'avantage pas.

Elle n'est, à mon goût, déjà pas très appétissante naturellement et aurait donc tout intérêt à se mettre un peu en valeur.

Au lieu de cela elle se met au même niveau que ses enfants: vêtements tachés, même lavés, déchirés ou avec de la peinture dessus.

La, en deux jours, elle à mis deux pulls différents: les deux avaient des ouvertures de dix centimètres sous les bras…

Je ne l'ai jamais vu faire un seul raccommodage, ici, on se met l'équivalent de serpillières sur le dos, c'est très tendance.

Elle met des pantalons qui sont rapidement constellés de tâches du meilleur effet.

Je ne sais pas comment elle fait pour ramasser toutes ces tâches qui par ailleurs ne la gênent pas pour sortir.

Mais tout est tellement crasseux.

Elle m'a dit qu'elle avait fait des études pour être esthéticienne: je ne lui ai pas demandé pourquoi ca n'avait pas marché…!

Comment peut on être sale à ce point ?

Certes, ils semblent se laver, mais à mon avis de temps en temps, car j'ai bien constaté que souvent les enfants ont des taches sur la figure et les bras qui durent plusieurs jours.

Mais ils n'ont aucun respect d'eux mêmes, ni des autres d'ailleurs.

Pourtant, ils ont installé un jacusi massant et tout, et une cabine de douche avec des sorties de tous les cotés pour masser, frictionner, chatouiller et tout le toutim et même avec stéréo hi-fi incorporée ( absolument authentique ).

Incidemment, j'aimerais bien voir dans quel état est déjà la salle d'eau…

Pour des écologistes ce déluge gaspilleur d'eau ne les gêne pas.

Une autre anecdote: une fois, ils étaient invités chez des amis.

C'était l'hiver et elle avait mis aux enfants des parkas avec lesquels ils avaient été se traîner dans la boue pendant des jours.

Ils étaient dans un état difficilement concevable, comme si ils avaient traînés dans une décharge boueuse pendant un bon moment, avec des paquets de boue collés partout ( là encore, je n'exagère rien ).

Je lui fais remarquer qu'aller chez des amis dans cet état c'était vraiment pas sérieux, mais taratata, ils sont partis comme cela !

Crados ils sont, crados ils resteront.

J'ai fais allusion à leurs croyances en tout un tas d'inepties qui les maintiennent dans un état d'ignorance imbécile qu'ils pensent être de l'intelligence.

J'ai expliqué les graines miraculeuses, les pousses aux vertus magiques, mais ce n'est pas tout.

Ils sont grands amateurs et consommateurs de médecines dites douces ou parallèles et ne lisent que des bouquins du style " guérissez par la pensée positive " ou " la santé par les pierres " " tonifiez vos chakras ", etc.

La maison en est envahie.

Régulièrement, je les vois qui prennent des gouttes, des comprimés et des préparations, des élixirs miraculeux que jamais aucun médecin digne de ce nom ne prescrirait à ses patients.

C'est toujours des trucs spéciaux, des poudres de perlimpinpin qui font la fortune des pharmaciens et des épiceries " bios " ( tiens, j'ai oublier de parler de leur engouement pour le bio… ).

Même le chien, qui pourtant ne demande rien, est soumis aux bienfaits de tout cela.

Un jour, un peu fou, il vient cogner une voiture qui heureusement roulait au pas.

Rien de grave, un peu sonné et trois poils d'arrachés.

Aussitôt, branle bas de combat et homéopathie obligatoire pour pépère.

Bien sur, comme il n'avait rien, l'animal trottait comme un lapin dix minutes plus tard.

Alors, destiné à mon attention, elle n'a pas pu s'empêcher de lancer:

- et après on viendra dire que l'homéopathie ne sert à rien !

Ils achètent et prennent du " Quinton " qui n'est rien d'autre que de l'eau de mer vendue au prix du whisky.

Font parfois boire de l " Hydroxydase " à leurs enfants: une vulgaire eau minérale sans aucun intérêt, vendue en pharmacie au prix du cognac…

D'autres " remèdes " encore, dont j'ai renoncé à voir de quoi il s'agissait mais de la même veine.

Bref, tout un attirail de médecines pour gogos.

Sans doute pour se purifier ou pour récolter de l'énergie bienfaisante, je l'ai vu souvent, le matin, face au soleil, faire des gestes ésotériques et marmonner des trucs…

Mais ça, c'est encore ce que je trouve de moins insensé.

Il leur arrive de faire des cures de vitamine C ( dont on sait que c'est totalement inutile, mais bon, si Francette la bio énergéticienne l'a dit ou si c'est écrit dans Madame Santé… ).

Et bien, ils ne vont pas au pharmacien acheter leur vitamine parce que c'est fait par des vilains laboratoires qui ne font que des poisons.

Alors, ils vont acheter la vitamine ( qui est évidemment strictement la même ), chez le bio du coin qui se marre bien.

Enfin, quand je dis le bio du coin…

Des magasins bio, il y en a deux où nous habitons, et évidemment ça ne va pas, alors on va acheter du bio dans un magasin à à 45 kilomètres !

Et ne croyez pas que j'exagère !

Parfois, elle fait des jeûnes, ou une cure: elle ne mange que du raisin pendant deux jours.

Eux, ils savent, parce qu'ils l'ont lu dans des livres, ( pas les mêmes que vous et moi, bien sur ) que tous les médicaments sont des poisons, que les médecins complices des labos veulent notre mort et que seuls les gourous, guérisseurs et autres escrocs sont qualifiés pour nous sauver.

Ils ont évidemment perdu toute logique élémentaire.

Ainsi, cela fait le troisième été que je passe avec eux.

Et ca fait trois étés que les enfants passent entièrement nus en plein soleil, sans aucune protection, du matin au soir.

Je me suis permis de lui dire que ce n'était pas sérieux de laisser de jeunes enfants toute la journée nus comme cela, les risques prouvés de cancer plus tard, etc.

Peine perdue: je n'y connais rien !

Alors, en toute logique, ils ne consultent pas de médecin ( enfin, si, quand ça va vraiment mal ! ) mais des guérisseurs et, surtout, la bio énergéticienne dont ils sont devenus les amis normal avec ce qu'ils doivent lui laisser en pognon ).

Il faut que je m'arrête sur cette bienfaitrice de l'humanité injustement ignorée de la science.

Elle se prénomme donc Francette et habite un très joli pavillon à Angoulême.

Je ne sais pas comment ils l'ont connue, mais quand on est à l'affût de certains trucs, on tombe dessus un jour ou l'autre.

Francette, elle n'a aucun diplôme médical, c'est la première évidence.

Mais ca ne l'empêche pas de distiller son " savoir " à la population analpha-bête et de lui faire profiter de ses " dons " moyennant ( quand même ) quelques finances.

J'en ai entendu parler une première fois lorsque la gamine se plaignait d'avoir des brûlures au niveau de la vessie.

Comme j'en parlais à son père, lui demandant s'ils l'avaient fait voir au médecin, il me répondit:

  • non, parce que c'est une cystite et que c'est du à une contrariété ( ! ) il n'y a donc rien à faire que d'attendre.

Je ne suis pas médecin mais je sais très bien qu'une vraie cystite non traitée peut entraîner la destruction des reins, alors j'ai essayé de raisonner le père, mais peine perdue, Francette consultée avait émis un diagnostic indiscutable.

Heureusement, ce n'était manifestement pas une cystite !

J'ai ensuite constaté, au fil des bribes de discussions que j'entendais, que la Francette était leur " guérisseuse " attitrée qui s'était même permis de donner un avis sur le cancer de la mémé qu'ils gardaient.

Alors, tous les maux, petits ou grands, sérieux ou anodins, sont confiés à cette charmante personne qui trouve la raison et le bon remède magique.

Comme je l'ai dit au début de mon récit, je suis arrivé chez ces gens parce que très malade.

Ils ont évidemment bien vu que je n'allais pas fort, alors on a bien sur discuté de ce que j'avais, des traitements sans succès que j'avais eu, etc.

Rapidement, ils ont commencé à me dire qu'il y avait des solutions, que d'autres médecines existaient, et blablabla.

J'ai essayé de leur faire comprendre que j'en savais assez pour ne pas tomber dans le piège de soi disant médecines qui ne guérissaient que les gens en bonne santé et le compte en banque de petits malins, mais cela pris rapidement un tour agressif et je leur fis comprendre qu'il valait mieux en rester là.

Le temps passa, ponctué de quelques remarques du genre " tu vas mal mais tu ne fais rien pour t'en sortir " etc., jusqu'au jour ou je me dis que ma tranquillité valait bien l'essai d'une séance chez madame Francette.

Après tout, je ne risquais rien, j'étais assez fort pour ne pas me faire rouler dans la farine et surtout je voulais voir comment on pouvait abuser les gens.

Accessoirement, si j'en ressortais guéri, je remettrais de coté toutes mes certitudes scientifiques.

Rendez vous est donc pris.

Début de la séance: très beau pavillon, évidemment pas de plaque indiquant l'activité prohibée, belle pièce de consultation avec un beau diplôme de bio énergéticienne délivré par le célèbre institut du docteur Oulah Safémal et Jémal Orin associés….

Au fait, c'est quoi une bio énergéticienne ?

Il paraît, d'après ma propriétaire, qu'elle " travaille " sur les énergies.

J'en sais pas plus, je suppose qu'elle prétend remettre du jus dans les accus, mais je m'en fous totalement.

Début de la consultation, la dame est charmante et même mignonne.

Sur son bureau, il y a une petite pancarte avec écrit: " La thérapie: 45 euros. "

Bon, s'il s'agit d'une thérapie, soyons confiant.

Je m'assoie face à elle, elle ne me demande rien et commence à consulter des documents devant elle puis se met à écrire des trucs.

Ca dure au moins dix minutes sans qu'elle me dise un mot; elle écrit de la main gauche et je mets un petit moment avant de m'apercevoir qu'elle tient un pendule sous la table avec l'autre main.

J'ai déjà envie de me marrer, je me retiens mais lui fais quand même remarquer qu'elle ne m'a pas demandé pourquoi je la consultais.

Ca la déstabilise un peu:

  • oui, j'allais y venir…

Mais elle ne me le demandera jamais !

Et le temps passe, et que je t'écris des trucs en marmonnant, et puis tout à coup, comme ca:

  • je vois un adultère !

Ah bon, parce qu'en plus elle est voyante ?

Moi, ca me laisse froid comme pas deux, vu que je sais pertinemment que s'il y a eu des nuages dans ma vie il n'y a jamais eu ce genre de problème.

Je lui en fait part et j'ai l'impression de contrarier ses cogitations.

Puis elle m'explique: voilà, pour m'en sortir, il va falloir que je recopie six fois les mots qu'elle a écrit pendant sa cogitation et que je cite de mémoire: vésicule, petit intestin, cellules, foie, rate, ADN, et tutti quanti.

Et pas n'importe comment, suivez bien !:

Il faut que je dessine un grand huit ou j'écrirais dedans tous ces mots salvateurs…

Tout cela sera à faire une fois rentré.

Une fois recopié les mots magiques ( sait elle seulement ce qu'est l'ADN ? !!! ), il va falloir que je fasse brûler les papiers un par un en récitant une phrase pré dactylographiée qu'elle me remet et que je cite de mémoire là aussi, " …par ce geste je quitte cette maladie qui, que, etc.…. " bref, au moins quatre lignes de baratin.

Elle prend même la peine de préciser:

  • j'obtiens de très bons résultats avec cette procédure, tout le monde me le dit.

Alors, il n'y a plus qu'à attendre le miracle…

Mais ce n'est pas fini;

  • bon, maintenant on va passer à la thérapie, venez vous allonger.

Et je m'allonge.

Et il faut que j'enlève mes chaussures et ma montre pour pas qu'elle contrarie les bonnes ondes qu'elle va m'envoyer, et il faut que je défasse ma ceinture qui a une boucle en fer propre à faire rater ma guérison inéluctable.

Même mes lunettes risquent de faire capoter la manip, alors, oust !

Par courtoisie, je ne lui ai pas demandé si je devais aussi enlever mes dents plombées et mes couronnes en métal….

Et la voilà qui se met à se concentrer au dessus de moi en agitant les bras, en me les passant sans me toucher sur le corps ( elle aurait pu, je suis sur que ça au moins ca m'aurait fait du bien ), elle semble souffrir, c'est presque pathétique.

J'y ai droit recto et verso.

A un moment elle me demande:

- ca vous chauffe pas trop ?

- non, pourquoi, ca devrait chauffer ?

J'ai du faire une gaffe, mais franchement, s'il y a quelque chose qui me chauffe, c'est une envie de rire que je retiens face à cette mascarade.

Enfin, ca se termine, je me relève, ait droit encore à quelques passes magiques mais debout cette fois et me voilà enfin guéri, plein d'une nouvelle énergie que je n'aurais jamais soupçonnée.

Pour faire plus sérieux, elle ne peut s'empêcher de me " prescrire " un ou deux tubes d'homéopathie pour parachever le miracle.

Bigre, elle s'y connaît !

Elle est tellement sure de son pouvoir qu'elle me dit que ce ne sera pas la peine que je la revois.

Je pense plutôt qu'elle avait compris que je n'étais pas le gogo habituel et quelle se méfie mais au moins, ca c'était juste: il était hors de question que je remette les pieds chez elle.

Je lui fis son chèque.

Retournais à la maison ou les formules magiques allèrent à la poubelle.

Je n'avais certes aucune amélioration mais au moins, maintenant, je savais ce qu'était une bio énergéticienne !

Ensuite, intrépide comme pas deux, je pris rendez vous chez le guérisseur de mes proprios, à les entendre véritable destructeur de tous les maux possibles et imaginables.

D'ailleurs, lui m'expliqua qu'il était allé le consulter quasiment à l'agonie et qu'il en était ressorti sautant comme un cabri !

Encourageant, non ?

La, deux mois pour avoir un rendez vous, pire qu'un professeur de médecine !

C'était forcément bon signe, en tout cas tout concordait vers un résultat extraordinaire.

La consultation fut plus décevante: assis sur une chaise face à face, le type a pris ma main entre les siennes et est resté comme ca au moins dix minutes sans parler.

Au bout d'un moment, il m'affirma quand même:

  • vous avez les intestins engorgés.

Allons bon, v'la autre chose…

Fin de la séance; le gars m'affirme que dans huit jours tout sera rentré dans l'ordre, me prescrit une inévitable poudre du bonheur et me demande la modique somme de 21 euros.

Voilà, inutile de dire que ma santé ne s'est pas améliorée d'un poil, mais je sais que c'est de ma faute, mes proprios me l'ont dit:

  • c'est normal, tu n'y crois pas et tu ne fais pas d'effort !

Ah bon, si c'est une question de croyance…

Enfin, voilà le genre d'individus à qui mes proprios confient leur santé et celle de leurs enfants.

Pourtant, il y a deux ans, ils ont eu une belle leçon qui hélas n'a servi à rien.

Le gars s'est mis soudain à avoir de la fièvre.

Evidemment, sa femme a commencé à lui faire des massages machin truc pour le soulager, puis comme ca passait pas Francette a été consultée, et peut être d'autres que je ne connais pas.

Bref, tout sauf un médecin.

Le gars s'est traîné comme ca pendant quinze jours et a fini par ne plus pouvoir se lever tellement il avait de la fièvre.

Alors ils ont fini par prendre peur et sont allés demander secours aux vilains médecins des urgences du vilain hôpital ou on vous donne de vilains médicaments.

Il y est resté huit jours et, dès qu'il a été mieux, il a signé une décharge pour sortir et n'a jamais pris les médicaments prescrits !

Ils sont tout simplement irrécupérables.

Pour vous dire à quel point de bêtise ils en sont rendus, le gamin n'a pas le droit de croiser les jambes parce que " ca bloque les énergies " !

Vous ne le saviez pas ?

Il faut vraiment tout vous apprendre.

Une autre anecdote sur la santé, plus précisément sur les dents.

Il y a quatre dentistes où l'on habite.

J'en ai d'ailleurs consulté un dernièrement qui m'a fort satisfait et ou je suis resté 10 minutes attente comprise.

Et bien eux, vous devez vous en douter, ca ne leur convient pas, aucun des quatre.

Alors, tenez vous bien, cela fait deux fois qu'ils doivent consulter pour le gamin, qui n'a que des problèmes dentaires banals à tous les gosses, et vous savez ou ils vont ?

A Libourne,130 kilomètres d'où on habite

Ils font 260 kilomètres pour voir un type qui soit disant a des méthodes révolutionnaires, naturelles et patati patata, la logorhée habituelle.

Il n'empêche qu'ils ont des caries comme tout le monde.

Comme lui a toujours mal au reins malgré la science de l'ostéopathe.

Comme elle va très mal au vu de tous les papiers que je la vois brûler discrètement ou qui traînent ( en attente ? ) dans la maison…

Je suis sur que si un jour on leur affirme qu'un Zoulou au fond de la brousse a un remède miracle ils y courront…

Où on habite maintenant, il y a trois pharmacies, la première à deux cent mètres.

Et bien eux vont à une quatrième à sept kilomètres !

Et le plus beau: on est mitoyens avec le cabinet radiologique: je dis bien mitoyens.

Et ou croyez vous qu'ils sont allés pour une radio ?

A très exactement dix sept kilomètres de là !!!

Lorsqu'elle a accouché du bébé, elle l'a fait à la maison ( hôpital pas bien… ).

Il y a une sage femme en ville: pas bien, alors elle a fait venir une sage femme à 30 kilomètres.

Besoin d'un avocat ?

Il y a un cabinet à 300 mètres, mais non, on a été chez celui qui est à 60 kilomètres !

( Tous ces kilométrages sont bien surs authentiques ).

C'est ahurissant.

Chez ces gens la normalité est une insulte, ils ne peuvent rien faire comme tout le monde, se contraignent à raisonner en dehors de toute logique et vivent dans un monde ou tout ce qui est science est mensonge mais ou toutes les affirmations les plus délirantes sont acceptées comme des vérités immuables.

Pour eux le mal est partout, on les trompe sur tout mais si un crétin leur affirme qu'il sait guérir le cancer ils vont le croire !

Il n'y a plus de micro ondes dans la maison: ils l'ont viré parce qu'ils ont lu ( sans doute pas dans Science et Vie ) que les ondes c'était mortel.

Tant pis si des centaines de millions de personnes utilisent depuis plus de trente ans des micro ondes sans avoir jamais eu aucun problème.

L'autre jour, il faisait cuire une omelette et râlait parce que ca collait dans la poêle.

Je lui fais remarquer que s'ils avaient une Téfal au lieu de leur vieille ferraille, ca ne collerai pas.

Quelle énormité je venais de dire !

  • certainement pas une Téfal, si tu veux mourir, y'a rien de plus poison !!!

Je ne savais pas qu'on pouvait discrètement empoisonner sa belle mère en lui offrant une poêle...

Je ne savais pas non plus que la encore, les centaines de millions d'utilisateurs dont je fais partie ignoraient tout de ce terrible fléau…

Mais bon, cette fois ci, je n'ai pas insisté et ai avalé mon omelette calcinée.

Pas de micro ondes ni Téfal, mais partout, des minéraux, des cailloux, des lampes allumées sous des pierres, tout cela pour assainir l'air et entretenir la " pensée positive " des gens, rendre tout le monde heureux.

D'ailleurs, il y a deux mois, ils sont partis trois jours en Bretagne pour aller se prosterner et méditer devant des cailloux et autres menhirs afin de recharger leurs chakras.

Des mégalithes qui émettent des " pulsions " bienfaisantes, vous connaissiez pas ?

Sincèrement, moi non plus, on est vraiment des ignares.

Quand je vous dis que rien de normal ne trouve grâce à leurs yeux, ca va se nicher très loin, y compris dans l'éducation des trois enfants en âge d'être scolarisés.

Vos enfants, et ceux de tout le monde, vont à l'école.

Pas les leurs !

Parce que l'école, c'est ceci, cela, on n'apprend rien que du mauvais comparé aux brillants principes qu'ils inculquent à leur progéniture.

Alors ils font l'école à la maison.

On a le droit: l'instruction est obligatoire, mais pas l'école.

Alors les trois enfants ont droit aux cours éminemment brillants dispensés par des parents dont vous avez déjà pu mesurer l'immense étendue des connaissances.

Ils sont quand même inscrits au CNED.

Dans l'ancienne maison, mon appartement était contigu à la " salle de classe ", alors j'entendais tout, surtout les âneries professées.

Un mot de la salle de classe, qui est aussi la salle de jeu ( vous voyez déjà le rangement ): des livres et cahiers partout, jetés ça et là parmi les paquets de gâteaux vides, tous les cours mélangés, entassés dans des coins, les crayons, règles, cassés etc.

Jamais aucun rangement, toujours en train de chercher tel livre ou cahier.

Autant par terre que sur le bureau.

C'est d'ailleurs assez malaisé à décrire.

Sans exagérer, imaginez une décharge sauvage ou seraient jetés pêle-mêle livres, crayons, jouets, objets divers, vêtements et même nourriture, et vous aurez une idée absolument réaliste de la salle de classe.

Bref, le foutoir habituel.

C'est dommage, je n'ai pas d'appareil photo car ca aurait valu le coup et prouvé mes dires, comme pour le frigo, l'état de la cuisine et le couffin parmi les détritus…

Tout ca n'empêche pas que, trônant au milieu de la pièce, il y a une fontaine " feng shui " ( bon, la j'explique pas, vous chercherez, c'est encore un truc miraculeux ) sensée apporter le calme et la sérénité.

A pisser de rire.

En plus, les trois " cours " en même temps !

Le gamin sensé faire des mathématiques pendant qu'une gamine chante, que l'autre hurle par habitude, et que la radio braille ( si ! ).

C'est évidemment une catastrophe, d'autant que les mômes qui ont l'habitude de tout décider et de ne rien écouter font ce qu'ils veulent, c'est à dire rien.

J'ai eu l'occasion de jeter un œil sur les cahiers du gamin: des torchons illisibles, cornés, déchirés.

Accessoirement, les " cours " durent à peine deux heures le matin uniquement.

Je suis atterré: ils ne peuvent évidemment pas apprendre grand chose dans de telles conditions et un tel climat ou toute discipline et toute logique sont absentes.

Mais c'est moi qui ai tort, la preuve: ils savent déjà ce qu'est un clitoris, les règles, un oméga 3, la bio énergie, un pédé, les bienfaits de la pensée positive et tant d'autres choses que les pauvres scolarisés ignorent !

Et puis, avec le niveau d'éducation des parents …!

Les enfants sont ravis d'une telle situation.

Pas la cousine qui est justement prof à l'école communale, se rend bien compte du carnage, et fait tout pour essayer d'amener les enfants à l'école, mais peine perdue.

Là, le gamin doit passer en sixième.

Je m'étais dit qu'ils allaient bien être obligés de le scolariser.

Grosse erreur !

Parce qu'on lui a demandé s'il voulait aller au collège ou rester à la maison ( toujours l'enfant qui décide… ).

Alors vous connaissez la réponse.

Il faut savoir que ni le père ni la mère n'ont le moindre diplôme, même pas un petit brevet, et vous avez déjà pu juger de leur intelligence et érudition.

Ca ne fait rien, sans en connaître le moindre iota, ils vont expliquer à leur môme les fractions, la géométrie, l'algèbre, la physique et la chimie, lui apprendre l'anglais et l'espagnol, etc. !!!

Heureusement, je ne serais pas la pour voir le résultat.

Accessoirement, ayant mal au cœur de voir une telle situation, du temps et quand même quelques connaissances, je leur avais proposé de suivre un peu le gamin et de prendre le temps de lui expliquer certaines choses que je maîtrise bien.

Peine perdue, même pas eu de réponse.

Et tant mieux, tout compte fait je n'aurais pas supporté l'insolence, la bassesse et l'hypocrisie du rejeton.

Qu'ils auto entretiennent leur médiocrité, la vie se chargera bien un jour de leur mettre le bec dans leur ignorance imbécile.

Par deux fois, je les ai pourtant sortis du pétrin.

Une fois pour régler un différent avec la sécu et leur faire récupérer une coquette somme.

Une autre pour les délivrer du harcèlement d'un huissier.

Ca n'a pas été compliqué: deux lettres bien motivées et les deux problèmes ont été réglés.

Ils ont quand même été babas.

Elle s'est même fendue d'un compliment, étonnée de ma facilité pour écrire et des tant de choses que je savais.

Je me suis bien gardé de lui dire que s'ils s'intéressaient à autre chose que des délires de gourous, s'ils lisaient d'autres livres que les âneries conseillées par leur guérisseuse, ils seraient un peu moins démunis devant certaines banalités de la vie.

Elle n'a pas compris que ce n'était pas moi qui était exceptionnel, mais eux qui étaient des ânes !

Un mot sur les chiens.

Pas du tout ma tasse de thé.

J'ai été servi.

A peine installé chez eux, je découvre qu'ils ont trois clébards hurlant évidemment à chaque mouche traversant leur territoire.

Lesdits clébards faisant bien entendu leurs besoins dans la cour ou les enfants jouent pieds nus et se roulent par terre…

Mais trois, ca ne suffisait pas, alors un jour, ils ont eu le béguin pour deux autres congénères ( et pas des petits ).

Ca faisait donc cinq chiens à caguer dans la cour…

Comme les deux derniers étaient un couple, il n'a pas fallu six mois pour qu'une portée de huit ou dix chiots arrive, ce qui ne faisait après tout que la bagatelle d'une quinzaine de chiens, parce que bien sur, il n'a pas fallu en supprimer pour ne pas faire de peine aux enfants.

Heureusement, la nature a un peu régulé tout ca et il n'est resté que deux chiots sur la portée.

Mais deux chiots qu'on a gardés, soit quand même sept chiens en permanence.

Un régal…

Et là, sept chiens à déféquer et toujours les pieds nus…

J'ai définitivement cessé de mettre les pieds dans le cloaque de la cour.

Eux pas.

Heureusement, parmi les trois chiens qui étaient là au départ, un se perdit en forêt et un autre refusa un jour définitivement de rentrer, sans doute excédé d'une telle ménagerie.

Sept ou huit mois après, une nouvelle portée de chiots étaient prête !

Heureusement aussi, dans un ( rare ) éclair de lucidité, et beaucoup de persuasion de ma part, le gars à finit par comprendre qu'assumer un tel barnum ne ressemblait à rien et en a vendu quatre.

On ne se retrouve donc plus qu'avec un chien, qui par ailleurs mange et boit quand je pense à lui…

J'ai pas trop insisté sur leur intérêt pour tout ce qui est bio, c'est pas une tare, c'est même bien, sauf qu'acheter du bio qu'on laisse pourrir comme le pas bio je ne vois pas bien la finalité.

Pas parlé non plus qu'ils se disent écolos (évidemment ).

Enfin, écolos mais avec la clim dans la voiture.

Avec tout ce qu'ils détruisent ou laissent se détériorer.

Avec un magnifique jardin arboré que leur avait laissé les anciens propriétaire, jardin pas entretenu ni arrosé devenu une jungle inextricable, toutes les fleurs desséchées.

Ecolos avec une piscine dont le moteur du filtre tourne du 1er janvier au 31 décembre…

Tiens, à propos de la piscine, une dernière anecdote, pour vous montrer comment ils sont cools.

C'est une piscine hors sol avec donc un parapet qui doit être à environ un mètre dix de haut.

La semaine dernière, je vois la gamine de cinq ans, seule, qui était grimpée sur le rebord, assise le dos tourné à l'eau.

Un mauvais geste et elle basculait dans l'eau.

J'ai depuis un bon moment pris le parti de me pas m'occuper de ce que font les gamins, ca ne sert à rien d'autre que me contrarier.

Ils peuvent se battre, arracher les fleurs, tout casser, faire les quatre cent coups, je m'en fous.

Mais la, quand même, je ne vais pas laisser la gamine risquer de se noyer.

J'évite d'intervenir directement.

La mère est à coté, dans la cuisine, je lui dis.

Elle n'a même pas bougé, alors que je pensais, encore une fois naïvement, que la vie de son enfant allait au moins la faire réagir.

Rien.

Juste un:

  • …Claire…descend…

Sans même jeter un œil.

La gamine recommencera quand elle voudra.

Encore une louche sur les enfants ( ca y est: 11h25, elle est levée, donc bébé pleure tellement il doit en avoir marre d'être transporté comme un sac, et les enfants hurlent déjà, c'est donc une journée normale qui s'annonce ! ).

Elle n'a de cesse de clamer que partout ou ils vont, elle n'a que des éloges sur la tenue de ses enfants.

Je ne suis pas né de la dernière pluie et je ne vois pas comment des mômes aussi mal élevés et à qui on a inculqué de tels principes pourraient se comporter normalement ailleurs.

Un jour qu'ils étaient tous partis en vadrouille, ils avaient fait venir une jeune amie pour garder leurs pensionnaires ( dont il aurait fallu que je parle: outre Nathalie, la grand mère qu'on a placé là contre son gré et à qui on reproche de prendre une banane alors qu'elle a pas fini les pâtes immangeables, le grand père familial, qu'on a plus ou moins enlevé de sa maison, mais bon, si je racontais tout, ca ne finirait jamais puisque tous les jours il se passe quelque chose de pas banal… )

Je discute un peu avec la fille venue nous faire à manger et, de fil en aiguille, elle m'avoue qu'elle ne supporte plus que les enfants viennent chez elle, que la dernière fois une gamine a carrément arraché le papier peint et insulté son mari !

Charmant.

Elle m'a aussi dit qu'ils cherchaient de plus en plus à s'éloigner de cette famille qui n'avait plus aucun comportement sensé.

Et une autre fois encore, avec le gars qui a aidé à retaper la maison: écœuré de voir tout le travail qu'il a fait méprisé avec la saleté qui avait déjà repris le dessus et qui s'est un peu confié …

Ca m'a fait plaisir de voir que je ne rêvais pas.

Je n'ai pas trop parlé du père.

Globalement, il n'est évidemment pas plus intéressant que le reste de la famille, si ce n'est que ( rarement ) il pousse un coup de gueule aussitôt condamné par son épouse.

A 37 ans, il ne travaille pas, vivant de leurs pensions, loyers, allocs et quelques affaires immobilières.

Il ne travaille pas, mais est plein de solutions pour ces fainéants de chômeurs, lui qui magouille au noir…

Pour la fête des pères, comme s'il n'avait déjà pas assez de gadgets, il s'est acheté un hélicoptère radio commandé.

Il a bien fait joujou pendant une heure, et puis, tout d'un coup, l'hélicoptère a décidé de voler de ses propres ailes ( ou de fuir au plus tôt cette famille ) … et s'est évanoui dans la nature, laissant mon gars désemparé avec sa télécommande dans les mains…

J'ai bien ri: il ne l'a jamais retrouvé.

La vie est belle: demain il part trois semaines en Chine faire un stage de ping-pong !

Je n'ose imaginer l'enfer que va devenir la maison, car malgré qu'il ne vaut guère mieux qu'elle il a quand même quelques accès disciplinaires, rares, mais existants.

Je lui avais donné tous mes outils, perceuse ponceuse, rabot, meuleuse, et même ma tondeuse.

Des outils dont certains venaient de mon père.

Tout a été massacré ou perdu en un rien de temps.

Je n'imagine même pas comment il a pu faire !

Je leur avais aussi donné d'autres objets que je ne pouvais pas garder ( pas de place, la location est meublée ).

Un peson, petite œuvre d'art en cuivre ciselé: retrouvé tordu avec une pièce arrachée la première semaine.

Des jumelles que j'avais depuis 40 ans: bousillées par le gamin en deux semaines.

Un dictionnaire tout neuf: lapidé, déchiré.

Sans parler de toute la vaisselle.

De mes meubles.

Et plein d'autres choses que je préfère oublier.

Même un simple couvercle de poêle au moins trentenaire, ils ont réussi à le tordre !

Consternant.

Si j'avais su, j'aurais tout donné au Secours Populaire.

Un jour, lassé de voir le dessous de plat ressemblant à un infâme bout de ferraille ou il manquait même un pied (!), je m'en suis fendu d'un en carreau à Leclerc.

Il a vécu le repas de midi avant de finir en morceaux par terre.

J'avais une voiture quasiment neuve, extérieur comme intérieur.

Ne voulant plus m'embêter à l'entretenir et payer une assurance vu le peu de kilomètres que je faisais, je leur avais donné gracieusement, en échange de pouvoir m'en servir quand j'en avais besoin.

Certes, sur ce dernier point il n'y a jamais eu de problème.

Mais la voiture, ça a été comme la maison: en deux ans et demi, jamais elle n'a vu le moindre lavage ni le moindre aspirateur.

A tel point que lorsque je la prenais je faisais attention à ne pas me coller à la carrosserie.

L'intérieur s'est transformé en annexe de salle de goûter.

Parce qu'évidemment, les enfants ne pouvaient pas monter dedans sans manger des gâteaux au chocolat ou des glaces !

Les sièges flambants neuf sont devenus bien crados comme ils aiment, avec de belles taches bien collées…

Une fois, je leur ai quand même fait la remarque, qu'ils pourraient au moins passer un coup d'eau et d'aspirateur de temps en temps: impossible, eux qui ne travaillent pas n'avaient pas le temps !

Décourageant.

 

Je vais terminer ce récit trépidant mais authentique par deux anecdotes un peu gores, mais bon, c'est arrivé, j'y peux rien.

Un jour, nous étions attablés sur la terrasse, elle éternellement avec le bébé autour du cou.

Elle était en face de moi.

A un moment elle se lève.

Ne prend aucune précaution, lève les jambes et les cuisses pour quitter le banc sans se soucier de sa tenue et j'ai alors droit à la vue directe sur le sous sol.

Elle n'avait pas de culotte…!

Un soir, alors qu'il faisait très chaud, je vais pour ouvrir ma fenêtre qui donne sur la piscine.

Je suis à l'étage.

Et qu'est ce que j'aperçois ?

Madame complètement à poil, debout devant ses enfants et son mari, les grosses fesses ridées et pendantes et tout le reste à l'avenant !

Charmant.

Pourtant elle savait que j'habitais juste au dessus.

Un remède contre l'amour.

Quand même, qu'on n'ait pas un corps de star, je suis le premier à le comprendre, mais on évite au moins certaines attitudes.

Et surtout en ville !

Voilà, je vais enfin avoir fait le tour de cet intéressant exemple de primates de notre siècle.

Je suis sur que vous vous posez une question:

Mais pourquoi rester dans un tel capharnaüm ?

Je l'ai expliqué au début, ce sont les circonstances de la vie et la santé qui m'ont amené ici.

Mais aujourd'hui, j'ai un peu la chance d'avoir récupéré peu ou prou un peu de tonus.

Alors oui, je me casse !

J'ai d'ores et déjà loué un appartement en ville.

J'ai annoncé ma décision à mes propriétaires et je leur ai dit pourquoi, mais sans rentrer dans tous les détails, de toute façon ils sont incapables de comprendre ou de changer quoi que ce soit.

On ne fait pas avancer un âne qui refuse.

A moins que ce soit moi qui ne soit pas normal…

Elle a quand même trouvé le moyen de me dire:

  • tu viendras bien manger avec nous de temps en temps ?

C'est ca, comptes y !!!

Je croyais conclure la dessus, mais hier soir, ils sont tous partis manger au resto et accompagner le père à la gare pour son départ en Chine.

Je sais, c'est pas bien, mais ca a été plus fort que moi: il a fallu que j'aille faire un tour à l'étage.

Je n'allais pas partir sans savoir comment c'était la haut !

Bien qu'évidemment je m'y attendais, je n'ai pas été déçu…

Les chambres sont à l'image du reste de la maison, c'est à dire le même fatras.

Le sol sert de penderie et de bac à linge: on peut à peine rentrer dans les pièces ou les couvertures, les draps, les slips chaussettes et autres vêtements sales ont naturellement leur place par terre.

Par retenue, je ne vous raconte pas l'état des draps.

J'ai eu la confirmation de ce que je me doutais: le bébé n'a pas de lit et dort avec sa mère. ( le père et la mère font chambre à part, mais ca c'est un choix qui ne me regarde et ne me dérange pas ).

La belle salle de bains est dans l'état que j'imaginais, avec toujours les vêtements par terre.

Mais, dans une telle belle salle d'eau, il fallait une décoration adaptée.

Alors, au mur, il y a une grande affiche qui a apparemment été faite par le père et les enfants pour l'anniversaire de la mère.

On y lit " bon anniversaire ", et puis, en très gros:

" bite au cul ".

Je vous laisse apprécier cette innovante idée de décoration et ce sommet de poésie…

Encore un truc qui me revient, comme ca, au hasard: les enfants n'ont jamais eu le droit de croire au Père Noël parce qu'il ne faut pas mentir aux enfants…

Mais il faut qu'ils croient aux guérisseurs !

Pour être honnête, il faut que je dise que malgré tout cela, je n'ai pas eu de mauvaises relations avec eux ( mais que d'efforts ! ).

Si j'avais besoin d'un service, ils me le rendaient, et vice versa.

Allons, il me reste deux ou trois semaines à passer ici, je vais bien trouver autre chose d'original à vous narrer !

Franchement, on mettrait sur pellicule tout ce que je vois et vis, les gens ne le croiraient pas.

Enfin, si ces tranches de vécu authentiques vous ont fait passer un bon moment, j'en serais ravi.


Charente, juin/juillet/août2009. Fin.

 

 

 

, à Libourne, près de Bordeaux ( nous, on habite à 50 kilomètres au nord d'Angoulême ).

Par poilagratter - Publié dans : vécu
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